Dans la Buenos Aires des années 1940, Vicente est cloîtré dans sa propre culabilité

L’auteur, Santiago H. Amigorena, petit-fils de Vicente évoque dans ce livre l’histoire de son grand père. Il imagine ses doutes, ses pensées, son silence. Il raconte la douleur de ceux qui ont pu quitter la Pologne, dans les années 30, laissant derrière eux  leurs proches pour qui ils ne peuvent plus rien. 

“Le 13 septembre 1940, à Buenos Aires, l’après-midi était pluvieuse et la guerre en Europe si loin qu’on pouvait se croire encore en temps de paix. ” 

Vicente, juif polonais quitte l’Europe en 1928, il laisse sa mère et son frère à Varsovie, pour aller vivre en Argentine. Il rencontre Rosita, l’épouse, ils ont trois enfants. L’Europe est loin, Vicente écrit à sa mère, parfois, quand il y pense… et le temps passe. 

Les rumeurs arrivent à Buenos Aires, les journaux argentins parlent de l’invasion de la Pologne, de la guerre. Vicente ne peut plus l’ignorer, des lettres de sa mère lui parviennent, quelques-unes. Elle raconte le ghetto de Varsovie 

“Tout est devenu compliqué ici. Beaucoup de voisins de l’immeuble sont morts ces derniers mois. …On ne sait pas ce qu’on va devenir.”

Vicente comprend qu’il aurait dû tout faire pour que sa mère et son frère quittent la Pologne, le rejoignent. La séparation lui devient insupportable, l’exil lui pèse, la culpabilité ne le quitte plus. Alors il se tait, il construit au jour le jour son ghetto intérieur, plongé dans ses regrets, son impuissance, sa solitude. 

J’ai trouvé Le ghetto intérieur magnifique, et vous ?

Santiago H. Amigorena, Le ghetto intérieur P.O.L, 2019